Analyse de Champignon Horrifique
Ce film est le premier de la saga, il est donc là en introduction.
Il le fait assez bien, il est très fidèle au livre dont il suit le parcours pratiquement chapitre par chapitre.
Ce film est très professionnel, c’est une qualité mais aussi un défaut…
En voulant nous présenter le monde sorcier, il s’attarde sur des détails où des gadgets inutiles comme le briquet de Dumbledore lors de la séquence d’exposition.
Le début du film, justement, est long. La situation est engagée de façon très classique avec le jeune héros petit et maigrichon, filmé en plongé et maltraité par sa famille, notamment son cousin, filmé en contre-plongée comme il se doit…
Le rapport de force est mis en place tout de suite. Puis survient donc l’élément perturbateur synonyme d’espoir pour Harry. Une lettre, qui sera donc confisquée par tonton. Mais il y en aura une autre.
Cela pourrait être suffisant, malheureusement, Chris Colombus se répète et nous montre la même scène deux ou trois fois….
Dans son souci d’être fidèle, il est redondant et la séquence d’exposition se traîne en longueur.
Finalement Harry apprend qu’il est un sorcier par Hagrid, venu aussi le chercher.
Il est intéressant de noter que dans la mythologie, le géant était envoyé par les Dieux pour prévenir les humains que quelque chose allait se passer où leur apporter une nouvelle.
Hagrid est un demi-géant et dans cette scène, il remplit un peu cette fonction.
Il le fera d’ailleurs aussi dans d’autres scènes. Il y a la même chose dans Twin Peaks de David Lynch.
La séquence d’exposition enfin terminée, place au monde de la magie avec un Chaudron Baveur tout droit sorti de Dickens.
Ce monde magique est idéalisé comme le montre la scène du Chemin de Traverse qui rend compte de l’émerveillement heureux de Harry.
Il n’y a pas de zones d’ombres ou d’effroi ici. Même quand Hagrid parle de Voldemort, on ne frissonne pas. Magic Rules
est le message.
Ensuite, tout est exactement comme dans le bouquin. Un peu trop d’ailleurs….il y a pas mal d’idées qui tiennent du livre comme les échecs, mais elles ne sont pas vraiment développées.
On n’aura pas droit à du suspense dans la scène d’échecs de fin…Colombus rate même ses effets de surprises, comme la scène où l’on découvre la
paquet minuscule dans le coffre de Gringotts.
Avec la musique wagnérienne et une grande porte, il aurait fallu ne pas nous montrer le fameux objet avant que la porte ne soit ouverte !
La réalisation n’est guère inventive et très figée, ce qui explique en partie le fait qu’on ne rentre pas dans le film.
Les mouvements de caméra sont redondants, alternant champ et contre-champ, plan large et plan rapproché…
On sent que Colombus a cherché à s’appliquer mais un peu trop tout de même ! Il manque l’inattendu, la spontanéité, un petit grain de folie même pourquoi pas ?
Tout le film tourne autour de la scène par ailleurs interminable de Quidditch, très attendue et très préparée et arrive comme La Grande Scène de Bravoure calculée un peu à la manière de la course de pods dans
Cela dit, il y a quelque détails assez croustillants comme Rogue s’en allant après avoir dit au trio de ne pas rester seul à l’intérieur sous peine de croire qu’ils manigancent quelque chose, et ayant l’air d’un Dark Vador vu de dos, avec cape qui ondule et démarche assurée.
Il faut aussi noter que la scène du miroir de Risèd, qui est la plus importante du film car présentant les sujets de la saga (l’obsession image du père et le double) n’est pas bâclé. Elle est sobre et simple.
Ce film remplit donc son contrat, il présente fidèlement le monde et les personnages, il est assez bien mené malgré les défauts et les longueurs. Néanmoins, on ne parvient pas à rentrer dans le film.
Ce film est encore très et trop fidèle au bouquin. De plus, le découpage est mauvais et la façon de filmer laisse rêveur…
Le début chez les Dursley est correct. La décoration de la maison me fait penser aux films américains des années cinquante, qui présentaient une Amérique bien propre, impeccable avec les maisons jumelles super propre et le gazon bien vert…le même genre de film et d’images qu’a utilisé David Lynch dans sa séquence d’ouverture de Blue Velvet. On voit bien la maison bien rangée, avec papier peint beige avec rayures rose et rideaux à fleur, la belle petite famille avec la ménagère. Les Dursley sont sur leur 31. Harry tranche d’autant plus. Il ne cadre pas avec l’environnement. Il est mis à part. Même quand il bricole, Vernon porte une salopette bleue qu’on croirait flambant neuve ! Il me fait penser à Mario Bros !
L’interdit est vraiment prégnant dans le film. On voit des barreaux partout : fenêtre de la chambre de Harry chez les Dursley, nombre incalculable de cages dans la classes de McGonagall, dasn la cabane de Hagrid où c’est la première chose qui nous est montré, fenêtres du châteaux et n’oublions pas le passage pour passer au quai 9 ¾ qui se bloque. L’idée qui en ressort, c’est que l’interdit est bravé. Les barreaux de la chambre de Harry vont être arrachés, en faisant la potion du Polynectar, Hermione dit elle-même qu’ils enfreignent au moins une cinquantaine de règles. Cela préfigure l’ouverture de la Chambre des Secrets un endroit caché, interdit pour beaucoup et pourtant elle sera pénétrée par le héros.
Il y a dans cet opus un bestiaire qui va de paire avec l’idée de monstre. On voit un chat, des cochons (Terrier), des hiboux….sans compter les animaux assez étranges. Hermione devient une chimère après avoir bu le Polynectar….Dans la classe du professeur McGonagall, il y a sur les côtés des cages avec des bêtes, des animaux à l’intérieur, cela fait zoo mais me rappelle aussi les cabinets de curiosité qu’il y avait au 18ème siècle*. On remarque ça juste au moment où elle parle de ce que renferme la Chambre des Secrets et prononce le mot « monster » monstre. ** De même, les gargouilles sont des créatures assez effrayantes tout comme le griffon géant qui forme l’escalier menant au bureau de Dumbledore. Cette statue est d’ailleurs filmée en contre-plongée. La figure du monstre mène bien sûr au basilic de la fin qui est géant.
En parlant de monstre, Lucius Malefoy est caractérisé en un personnage monstrueux et très connu : Dracula. En effet, à la fin, dans le bureau de Dumbledore, le visage de Malefoy est éclairé qu’au niveau des yeux, le reste de son visage est dans l’ombre. C’est très flagrant quand il se retourne vers Harry. Son visage est filmé en plan rapproché et on voit bien que la partie des yeux est très éclairée par rapport au reste. Dans Dracula de Tod Browning (1931), le visage de Bela Lugosi est éclairé de la même façon.
Harry aussi est assimilé au monstre. Il boit le Polynectar et se transforme. On ne voit pas la métamorphose des autres mais la sienne.
C’est très intéressant et confère au film un côté bronigien
donc sombre et expressionniste assez plaisant. C’est le cas aussi du décor chez Barjow et Beurk qui rappelle certains films de Burton. Je pense surtout au château dans Edward aux mains d’argent.
La réalisation est vraiment mauvaise. Encore une fois, le film est fidèle et on sent que Colombus s’est appliqué mais là encore les effets sont ratés. Il n’y a pas plus d’effroi ici que dans le premier opus. Le monde de la magie est encore idéalisé et les efforts du réalisateur pour assombrir le film sont vains. « J’ai dû changer ma façon de filmer » a-t-il dit. Et bien on peut le regretter ! Même si le premier film était figé, au moins c’était sobre. Dans sa volonté d’innover et de rendre le film trépidant, il met des effets de caméra partout ! Les plans en faux grand angle ou de travers, les changements de focales et les distorsions sont trop nombreux et inutiles. Je pense notamment à la scène de flash-back super explicatif où on voit Ginny ouvrir la chambre des secrets. L’effet est horrible !
Le film n’est pas toujours bien découpé et trop long. La scène de poursuite voiture/araignées est exactement la même que celle voiture T-Rex de Jurassic Park mais en trois fois moins bien découpée ! Colombus a été l’assistant de Spielberg et ça se voit. Mais il n’a pas le talent du maître.
Certaines scènes sont inutiles. Le film est trop long. Plus on avance et plus ça tourne à l’interminable séance de jeu vidéo : paf le serpent, l’intrigue se poursuit, on croit approcher du dénouement que là re-paf le serpent. Ca se traîne en longueur.
Sans ces effets et ces scènes en trop, le film serait bien trépidant. Le reste est de facture classique et plutôt pas mal avec quelques détails à relever comme lors du club de duel. On note que Harry, le gentil, est à droite, comme il se doit et que le méchant Malefoy est donc à gauche. Ils sont opposés par un champ/contre-champ.
Le film peut quand même interpeller. Le rapprochement entre Harry et Voldemort est bien traité, on voit bien leurs points communs, le Fourchelang en tête mais pas seulement. L’idée de double apparaît encore. Ressemblance physique, importance du père et le meurtre. Harry n’hésitant pas à tuer (en fait ça ne le tue pas mais c’est ce qu’il désire) en enfonçant la dent dans le journal. L’idée de vengeance est déjà là et ils l’ont en commun.
L’idée que Harry est étrange est d’ailleurs soulignée lorsqu’il prend le Polynectar. Alors que les deux autres sont malade après une gorgée, lui boit presque tout, imperturbable.
Enfin, la fin est très « tarte » et moralisatrice. Les gens qui applaudissent pendant un long moment, c’est mauvais. Colombus a cédé au happy ending facile et mièvre.
Encore une fois la noirceur est absente et on ne tremble pas du tout. Le film est très fidèle au livre, un peu trop même. Le découpage n’est pas bon ainsi que la réalisation parfois. Il en résulte un film long et ennuyeux. Il y a plus de rythme que dans le premier mais il est moins intéressant et les acteurs n’ont strictement rien à jouer. Ils se déplacent et disent leur texte voilà tout. Un film avec de l’action, du rythme et de l’humour mais très décevant.
Ce film est radicalement différent des deux précédents. C’est aussi l’épisode de l’entrée dans l’adolescence. Ce troisième opus est plus rythmé et plus noir.
Tous ces changements se voient dès le début du film avec caméra à épaule, couleur froide et, rapidement, fuite dans la nuit pour Harry sous une lune gothique. (On pense souvent à Burton).
Contrairement aux deux films précédents, celui-là est vraiment centré sur les personnages et en particulier sur celui de Harry. L’obsession de l’image du père est le sujet avec l’adolescence, la haine et la peur. On découvre une toute autre facette des personnages : Harry n’est p as qu’un pauvre petit héros au destin tragique et au grand courage. C’est aussi un ado qui a peur, qui est sombre, vindicatif et pas aimable. On est loin du héros modèle traditionnel.
Le film gagne donc en profondeur. Surtout que Cuaron et son scénariste Steve Kloves, ont pris le parti d’enlever tout - ou presque - ce qui n’a pas trait à cela. Même l’histoire de l’évadé Sirius Black est reléguée au second plan. C’est une des libertés que le réalisateur a prises. Epuration de l’histoire au profit du climat, de la tension et des personnages. Harry est d’ailleurs de toutes les scènes et on le voit souvent au centre comme lors du cours de défense contre les forces du mal. La caméra tourne autour de lui.
Cuaron aère aussi le bouquin, délaissant le château et la description des évènements internes à Hogwarts au profit de scènes en extérieurs et décors naturels où apparaissent créatures gracieuses, gothiques ou effrayantes.
Il prend aussi des libertés vestimentaires : pour affronter les détraqueurs et échapper à un loup garou, le jean et les baskets, c’est mieux. Cela donne un ton particulier et assez plaisant.
Ce film est en effet intéressant pour son atmosphère. Déjà l’idée des couleurs froides et de l’imagerie expressionniste à grand renfort de clair/obscure rend le tout plus inquiétant. Ensuite, le fait que Cuaron film le quotidien et installe une routine ronronnante ne fait que rendre les attaques ou les créatures qui rôdes plus effrayants et plus marquant. Il instaure une impression d’«inquiétante étrangeté »* ce qui fait encore penser à Burton. Ici règne ombres, fantômes, un monde lisse de masques et d’apparitions qui renouent avec l’essence même du conte.
L’étrange est un mot qui sied bien à ce film et l’atmosphère est aussi créée par un bestiaire impressionnant : il y a des animaux de toutes sortes et partout. Crapaud, chat, rat, chouette et hiboux, girafe, serpent, chien, hippopotame, corbeau….Ils sont dans les tableaux dans les salles, ou dans la nature…ils sont même en cri, au début quand Harry et ses amis mangent des bonbons : lions, éléphant, singe….il y en a plus que dans un film de Browning.
Ces animaux ont bien sûr une fonction…cela fait figure de décors et participe à l’environnement et à l’atmosphère. Cuaron les utilise pour confronter le vrai et le faux. Certains animaux sont vrais (chouette, chat..) et d’autres pas (oiseau en papier). Certains existent réellement et d’autres sont le produit de l’imagination de l’auteur (hippogriffe) ou de l’équipe du film (oiseau en papier). Certains sont bel et bien des animaux (chat, chouette…) d’autres non (rat, chien) et ainsi de suite. Cette notion de vrai/faux brouillée annonce évidemment la fin avec Sirius (good ou bad guy ???) mais le fait de façon détournée, subtile. Tout comme ces plans sur les horloges et le balancier dans le hall annonce le retour en arrière.
Ce bestiaire marque la figure du monstre. Il y a beaucoup de chimères dans ce film ; dans l’antiquité et au Moyen-Âge, elles étaient une grande figure de monstre. Cela me fait penser à Freaks de Browning quand Cléo, à la fin, est transformée en femme poule. Le cinéma de Browning est fait de monstres, de fêtes foraines et d’animaux…on peut donc y voir là une référence. D’ailleurs, comme autre référence à Browning, je trouve que Trelawney parle exactement comme Bela Lugosi dans Dracula (1931). Le monstre intervient aussi dès le début avec une femme montgolfière et un bossu. Sans parler des têtes miniatures…Autre détail troublant : quand Harry va se faire « emmené » par Hermione alors qu’elle est sur une branche du saule cogneur, il y a un regard caméra. On dirait vraiment que Radcliffe nous regarde.
Comme dans les deux premiers films, certains animaux sont effrayants et on pense encore aux cabinets de curiosité (l’animal qui dépasse d’une coquille d’œuf chez Hagrid)
On peut aussi noter un hommage au début du cinéma avec un projecteur archaïque qu’utilise Rogue pour montrer des images (sur un écran sortit de nulle part) de monstres (belle déviation de l’Homme de Vitruve De Vinci)
Ce qui frappe aussi dans ce film, c’est l’interdiction, le verrou. On ne nous donne que très peu d’information. On en sait autant que le héros. Nous découvrons avec lui. Mais on n’a pas le droit d’entendre certaines choses. L’accès est interdit, obstrué. Il y a beaucoup de portes. Il y a ce plan en grand angle où l’on voit la porte du château se verrouiller. C’est évident dès la première partie du film. Harry n’a pas le droit de se promener sur le chemin de traverse et dans le train, il dit à Hermione et Ron qu’il a quelque chose à dire et là, il ferme la porte sur nous. On reste dehors. Hermione et Ron ne peuvent rentrer aux Trois Balais. La porte se referme sur eux. Harry doit lutter et enfreindre les règles pour comprendre ce qui se passe.
Au niveau de la réalisation, ce film n’est pas très découpé par rapport aux deux premiers. Il est en revanche plus rythmé avec notamment des plans filmés caméra à épaule. Il y a beaucoup de fluidité dans la manière de filmer. Les séquences s’enchaînent bien. La caméra épouse le regard du héros, ou s’accorde avec l’action, le trajet que font les personnages. Par exemple, lors du retour dans le temps, Harry et Hermione quittent l’infirmerie pour aller chez Hagrid. La caméra les suit dans le couloir en travelling avant, puis continue en passant par les rouages de l’horloge, pour continuer à les suivre en travelling avant d’avoir un plan fixe et a hauteur d’enfant sur le pont. Et bien, à la fin, quand ils reviennent à l’infirmerie, ils refont le même trajet à l’envers. La caméra fait de même. Plan fixe sur le pont puis, sur la cour et rentrée par l’horloge puis les rouages en travelling arrière où on retrouve nos héros dans le couloir.
Cuaron apporte aussi une touche personnelle très intéressante en brisant les règles du champ/contre-champ. Normalement, le second précède immédiatement le premier mais là ce n’est pas le cas. Nous avons trois champs et les contre-champs ne viendront qu’une vingtaine de minutes plus tard à la faveur d’un retour dans le temps, ce qui donne la plus belle scène du film, celle du patronus, en résolvant les questions posées par les champs : Buck vivant ou mort ? Sirius méchant ou gentil ? Potter père ou fils ? Comblant les fissures du champ et du hors-champ, le réalisateur fait de cette superbe séquence finale l’épicentre de son film, jeu de miroir où un plan répond à l’autre pour en déplier toutes les potentialités d’inversion.
D’ailleurs si l’influence de Burton est évidente, On sent que Cuaron prend plaisir à faire bondir son récit par le mouvement alors qu’à l’opposé, Chris Colombus se complaisait dans un figement descriptif.
La réussite du film tient de là : l’équilibre trouvé entre naïveté et sophistication, archaïsme du conte et déluge des effets.
Bref un film baroque, à la mise en scène admirable de fluidité, avec le plaisir du conte retrouvé et qui contrebalance parfaitement avec les effets et les signes du genre blockbuster.
Quatre mariages et un enterrement chez les sorciers !
Ce quatrième film se laisse voir surtout pour les fans du genre et de J. K Rowling mais il révèle quand même bien des failles qui en font un film correct même si moins intéressant que le précédent film.
Le début est expédié d'une manière barbare, les coupes sont assez brutales, et on a l'impression que Mike Newell et son scénariste Steve Kloves ne savaient pas trop comment traiter cette première partie (avant la rentrée à Hogwarts). C'est haché, brut, au rythme bizarre, et traité trop rapidement. La gestion des ellipses est abominable!!! On a l’impression que ça se passe en un quart d’heure. Quand ils arrivent à Hogwarts, c'est beaucoup mieux! En effet le film trouve ses marques, son rythme. C'est beaucoup plus fluide. Cela dit le découpage en général n’est pas très bon. Mais, encore une fois, le montage est en cause : Dans le premier tiers du film, la caméra s'approche doucement de la coupe pour finir en un gros plan sur les flammes bleues. Là on a un début de transition et on attend le fondu enchaîné sauf que d'un seul coup, hop jump cut!! Alors que la transition était attendue, elle commence même seulement on a quand même une coupe, très brusque et vraiment mal venue. En effet on passe d’un gros plan à un plan d’ensemble ! Ce film est taillé à la serpe et ça, ça sent la coupe de dernière minute....
Les screen tests ont eu lieu en septembre je crois. Je pense donc que le film à l'époque devait durer un peu plus longtemps ou que c'était une version différente et ils ont refait un peu le montage au vu des réactions. Je ne leur dis pas bravo, c'est bâclé.
Le plan dont je viens de parler en est un fameux exemple et il n'est pas le seul. Cela dit ce serait injuste de mettre en cause uniquement les monteurs. En réalité dès le scénario ça pêche c’est pourquoi j’ai nommé Steve kloves plus haut. On imagine que ce livre plutôt épais a dû être difficile à adapter. Bien sûr il a dû faire au plus simple mais cela fournit des scènes aux dialogues trop explicatifs. Pour exemple deux séquences : celles de la première tâche où on voit les 4 concurrents sous la tente, puis après, Harry tout seul. On comprend alors que les trois premiers sont déjà passés. Sauf qu’on a quand même l’explication en voix off de Dumbledore. J’ai envie de dire qu’on n’est pas stupide ! Plus tard, il y a une ellipse assez importante puisqu’on passe du 25 décembre à mi-février. Là pour nous le faire comprendre, on a un dialogue entre Hermione et Harry qui donne en gros :
Elle : tu n’as toujours pas trouvé ? Mais la deuxième tâche est dans deux jours !!!
Lui : Vraiment ? Je n’avais pas remarqué !!
Merci pour l’explication.
Au moins Cuaron dans le troisième film avait fait ces transitions de temps en montrant la nature et la façon dont elle changeait au fil des saisons. C’était simple, joli et efficace. La fin aussi est étrange. Quand Les élèves se disent au revoir, on n'a l'impression qu'il ne s'est rien passé, que Cédric n'est pas mort. C'est Harry, avec son regard et son sourire mi figue mi raisin, qui rappelle le tragique de la situation. En fait cette scène intervient tout de suite après l’hommage rendu à leur camarade et la séquence de cet hommage dure moins longtemps.
D'un point de vue visuel ça fait plus blockbuster que le 3, mais ce n'est pas bourrin. Les effets visuels ne sont pas surabondants, et heureusement. Ils sont très bien faits. Dans sa réalisation, Newell fait gaffe aux mimiques, aux expressions, et par conséquent, il arrive à capter des regards, des sensations, des pensées ce qui est bien. Il est aidé en cela par les acteurs. Cependant la réalisation est moins fluide que dans le troisième. Il n'y a pas de grande idée de mise en scène. C’est très professionnel, mais c'est tout. Ce qui est déjà bien mais on pouvait s’attendre à mieux surtout après le troisième opus. En revanche la lumière n'est pas mauvaise. Esthétiquement le film se rapproche du trois ce qui est plutôt une bonne nouvelle !
Kloves et Newell ont tentés de mettre plusieurs genres dans le film. Tout comme Cuaron, ils ne le voulaient pas unidimensionnel. Cependant les genres ne sont pas mélangés. Il y a une partie thriller, ensuite comédie sentimentale, ensuite re-thriller et c'est dommage! Surtout que Les scènes de thriller manquent de souffle! Je pense notamment à la scène Harry/Voldemort. Il y a certes de la tension, mais pas de souffle car c'est expédié avec un peu de désinvolture! La scène n'est pas forcément trop courte, mais la gestion du temps est douteuse. La réalisation paresseuse peine à nous faire vibrer pour la vie de son héros. Le décor du cimetière n’est pas bien utilisé. D’ailleurs les scènes les plus réussies sont les scènes de comédie pures qui humanisent les personnages. Certains dialogues sont véritablement excellents, brillants (voire la scène de danse avec MacGonagall qui apprends aux élèves... le dialogue entre Hermione et Harry, avant la deuxième tâche où Hermione fait un lapsus avec un naturel désarmant et désopilant... la scène de la salle de bains avec Mimi geignarde...)
En conclusion, c’est un film inégal, laborieux mais avec des personnages bien dessinés et très bien interprétés. Alfonso Cuaron avait placé la barre très haut avec son Prisonnier d'Azkaban. Il avait réussi à réinventer, à s'approprier l'histoire pour en sortir des trouvailles, un univers particulier. Mike Newell n'a pas la même vision ni la même intensité. Néanmoins, cela prend un nouveau virage, Harry va vers son destin (il revient face à Voldemort, résigné, même s'il doit mourir, quand ce dernier lui dit "ne tourne pas le dos à Voldemort...") Harry prend une nouvelle dimension. Et le contexte ainsi exposé donne le ton de la suite, qui s'annonce sombre. Car c'est une nouvelle lutte à mort qui commence là entre Voldemort et Harry.